Mehdi Omarouyache, président d’Algérie Digital Cluster: « Il y a un réel besoin d’un statut pour les startups innovantes »

Le statut des startups, les facilitations administratives et fiscales pour la création de start-up, la participation de l’Algérie au Viva Technology 2019, l’importance des clusters dans le développement de l’économie numérique, sont autant de points que nous avons abordés  dans cet entretien que nous a accordé Mehdi Omarouyache, président d’Algérie Digital Cluster. Ce dernier estime qu’il est «  important de considérer les clusters comme espaces de réseautage et de synergie d’abord entre acteurs du même secteur puis avec les groupements d’autres filières »

Quand et dans quelles circonstances a été créé «  Algéria digital Cluster » ?

Mehdi Omarouyache: Cela  faisait déjà un bout de temps que les acteurs Algériens du Digital ont compris l’importance et aussi l’urgence de ce regrouper peur peser dans leur filière. Dans un pays qui importe le gros de ce qu’il consomme, la vraie concurrence est surtout externe. La question de la forme juridique que prendrait cette union s’est posée, en 2016, lors d’une rencontre organisée par l’ALGEX nous avions rencontré l’équipe de la Direction Générale de la PME au ministère de l’industrie qui était dans une dynamique de regrouper les différentes filières en clusters. Avec le soutien de la GIZ (coopération Allemande) on a identifié la forme juridique de Groupement à but non lucratif et sans capital comme la forme la plus souple et adaptée à cette union.

La législation permet donc ce genre de « regroupement »

Mehdi Omarouyache: En effet le code du commerce permet à des entreprises de ce regrouper et de mener des actions conjointement sans une logique de générer des bénéfices qui seraient redistribués aux membres. On travaille actuellement avec les pouvoirs publics pour améliorer ce statut.  Officiellement un groupement n’accepte comme membre que des personnes morales alors que dans le secteur du digital il y a une grosse proportion de start up, de TPE (très petite entreprise) qui sont davantage des personnes physiques. Sur le papier ils ne peuvent pas être membres mais dans les activités,  nous sommes ouverts à tous ceux qui veulent agir dans le sens du développement de l’économie numérique.

Quel est l’objectif de ce cluster ?

Mehdi Omarouyache: Le principal objectif est de s’organiser pour interagir avec les pouvoirs publics de manière structurée et de faire remonter les réalités de notre filière aux décideurs pour trouver conjointement des solutions, Dès le départ dans l’adn  du cluster, on ne voulait pas se mettre dans une posture de face à face mais de côte à côte en faisant de la pédagogie.  Cela a porté ses fruits. On collabore sur des projets avec plusieurs ministères.

 Lesquels ?

Mehdi Omarouyache: On est particulièrement proche du ministère du commerce, par exemple on a été consultés sur la loi sur le e-commerce qui est en cours d’amélioration. Aussi il est important de considérer les clusters comme espaces de réseautage et de synergie d’abord entre acteurs du même secteur puis avec les groupements d’autres filières, on a récemment signé un accord avec les cinq autres clusters pour une plateforme d’interclustering.

Cette organisation en cluster  peut ‘elle contribuer à développer l’économie numérique

Mehdi Omarouyache: Quand vous faites un benchmarck de ce qui se fait dans les pays qui connaissent un certain succès économique vous allez voir que c’est un mode d’organisation très répondu, dans certains pays vous trouverez jusqu’à 2000 clusters, cela vous donne une idée sur la contribution de ces derniers à ce succès. C’est encore plus vrai pour le numérique, premièrement parce que c’est un secteur transverse qui a impact sur tous les autres secteurs, on considère que c’est le secteur avec le plus grand effet d’entraînement sur l’économie globale.

Aussi il faut considérer la grande diversité des acteurs de cette filière, cela va des grands  groupe industriels de l’électronique et de l’informatique avec des dizaines de milliers d’employés à la startup a deux fondateurs avec un besoin constant de remettre à niveau la ressource humaine donc une forte corrélation avec les acteurs de la formation et de l’éducation. Il est impératif que tous ces acteurs puissent partager une vision commune et qu’il s’engage dans un projet fédérateur de construction d’une économie numérique forte.

En mai dernier, des start-up algérienne ont participé et pour la première fois au Viva Technology, comment évaluez-vous cette participation, est ce que les participants ont su ou pu tirer profit de cet important évènement technologique ?

Effectivement, le cluster ADC avec d’autres acteurs et le ministère du commerce ont travaillé ensemble pour créer le Label « Algeria Innov » , l’objectif est de donner de la visibilité à l’écosystème algerien des startups au niveau international et d’encourager les pépites algériennes à s’internationaliser, la première initiative dans le cadre de ce label fût la participation au salon Vivatechnology grâce à un financement du ministère à travers le Fonds de Soutien et Promotion des Expositions FSPE.

L’objectif est double, chaque startup individuellement est partie chercher des clients, des partenaires ou des investisseurs. Après collectivement nous sommes partis donner une  image positive de l’Algérie sur ce secteur est de la positionner dans son espace euro-Africain.

Et vous l’évaluez comment ?

Mon évaluation est positive, le pavillon Algérie était parmi les plus grands (100m2), les plus beaux et les plus riches en startups, la participation algérienne a été très appréciée est eu un grand impact médiatique, particulièrement les médias lourds européens (télé, radio magazines). Aussi a noté la qualité des startups présentes : la startup LegalDoctrine a été élue meilleure legaltech africaine et la startup COOFFA meilleure retailtech du Salon.

l’année 2019 a été en quelque sorte l’année de start-up, vue le nombre d’évènements organisés par les pouvoirs publics autour de l’entreprise numérique  qu’est-ce que vous en retenez ?

Effectivement, on constate une prise de conscience des pouvoir publics par rapport à entrepreneuriat, à l’innovation et au numérique, ces événements sont un signal fort vers l’écosystème, aussi la notion de co-construction est de consultation des acteurs privés est un fait très intéressant après il faut passer à la vitesse supérieure et mettre les moyens.

Tous ces événements ont été soldés par des recommandations visant à assainir et à créer l’environnement idéal pour l’épanouissement des start-up, quelle, est celle qui vous parait urgent de mettre en œuvre?

Les startups ont des besoins différents selon leurs domaines ou leur stade de maturité mais ce qui est globalement commun et urgent et la facilitation de l’acte de création d’entreprise, l’accès aux marchés et l’accès aux financements.

En plus des facilitations, telle que la domiciliation de l’entreprise chez soi,  la LFC 2020 parle d’exonération fiscale qu’en pensez-vous ? Est-ce suffisant ?

C’est déjà un bon départ, mais il reste l’accès aux marchés et surtout l’accès aux financements, il est important d’avoir des mesures de soutien pour tout l’environnement de la startup et pas seulement la startup elle-même, un écosystème et fertile quand un porteur de projet a accès à des incubateurs, des accélérateurs, des fonds d’amorçage, des business Angels …etc.  Tous ces stackholders ont aussi besoin d’être soutenus et encourager, on peut imaginer des incitations fiscales pour les entreprises ou les hommes d’affaires qui investissent dans les startups par exemple, cela est très courant ailleurs.

Aujourd’hui les start-up sont créées sous les formes  juridiques classiques (Eurl pour la plus part) ne pensez-vous qu’il faille, comme le souhaite bon nombre de jeunes entrepreneurs,   aller vers un statut propre à la start-up ?

Je dirais même que beaucoup ne sont même pas personne morale (Eurl) la plus part sont en personne physique. Après il faut bien comprendre la notion de startup qui n’est pas forcément une entreprise dans le numérique, on n’est pas startup juste parce que on est jeune, c’est surtout le caractère innovant et la capacité à croître rapidement qui doit être considérée. Cela  ne veut pas dire que les autres ne doivent pas être soutenues, mais l’innovation et la “scalabilité ” sont les principaux critères d’une startup. Effectivement là il y a un réel besoin d’un statut pour les startups innovantes, et c’est là que les incubateurs et les accélérateurs publics et privés doivent jouer leurs rôles pour évaluer le caractère innovant d’une startup.

Votre avis sur la situation de l’économie numérique, aujourd’hui en Algérie ?

Il est clair que l’Algérie bénéficie d’un nombre important d’ingénieurs, de techniciens, de ressources humaines. Il y a aussi des Algériens qui ont été formés dans des grandes écoles ou qui ont travaillé dans des multinationales. On est en revanche loin d’avoir exploité tout le potentiel que représente le digital. Il y a eu absence de vision, de concertation entre les différentes parties prenantes dans le privé ou dans le public. Que ce soit dans la relation entreprise-gouvernement, entreprise-start-up, start-up-administration. On essaie d’améliorer cela dans le contexte particulier que connait le pays avec une très forte mobilisation pour reprendre en main l’avenir de l’Algérie. Si on compare avec le reste de l’Afrique, l’Algérie n’est pas trop mal au niveau infrastructures, Mais  je pense qu’on aurait pu un peu mieux faire avec plus de concurrence dans l’accès à l’internet et aux services. Cela aurait donné un peu plus de punch à nos startups. Il y a aussi le sujet de la modernisation du système de paiement. En l’absence des moyens de paiement, c’est une bonne partie des modèles de business qui se trouvent pénalisés. Je sais que ce volet est sérieusement pris en charge par le GIE monétique et j’ai grand espoir que les prochains mois seront riches succès.

Entretien réalisé par Sarah Chabi pour Tabadoulat

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