jeudi 15 novembre 2018
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UDES de Bousmail : Plaidoyer pour le chauffe- eau solaire.

Le chauffe- eau solaire , produit et développé localement avec des moyens locaux , le séchoir solaire destiné au séchage des déchets agroalimentaires , rendu possible grâce à un accord avec un industriel qui a demandé de travailler sur ce process, le frigo solaire équipé pour le rendre autonome avec panneaux solaires et batterie , destiné à des zones éloignées pour, entre autres usages, la conservation des médicaments pour les centres de santé et tout un système pour le traitement des eaux fait en collaboration avec l’ONA de Tipaza pour en démontrer la faisabilité, sont autant de projets sur lesquels on travaille à l’Unité de recherche des équipements solaires UDES de Bousmail.

Une unité que dirige le Dr Nachida Kasbadji Merzouk qui, dans l’entretien qu’elle nous a accordé, évoque les raisons du désintérêt des industriels algériens des prototypes développés par l’UDES avec des moyens locaux, la démarche à suivre pour intégrer le chauffe-eau solaire et d’autres produits sur le marché algérien et leur « acceptation » par le consommateur algérien et le rôle de Rafev pour la promotion de la notion d’économie verte.

DZEntreprise : Vous êtes experte en énergie renouvelable et œuvrez dans le domaine de la gestion, la maitrise et l’économie de l’eau et de l’énergie, thème sur lequel vous donnez régulièrement des conférences internationales, pensez- vous que le projet sur lequel vous travaillez avec l’ONA de Tipaza a des chances de réussir et peut- on le généraliser ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Evidement ! Nous travaillons sur tout un système pour le traitement des eaux, le tout c’est de le faire avec la steppe de Tipaza. Une fois traitée ,cette eau pourrait servir à l’arrosage et au lavage des voiries ;à défaut c’est une eau non polluante si elle venait à être rejetée vers la mer.
Il y a également une équipe qui travaille sur la valorisation des boues issues de ces stations d’épuration et c’est un projet de recherche national.

DZEntreprise : S’agissant de la chauffe- eau solaire, ce n’est pas un projet très récent .Il a même été présenté lors de divers salons consacrés aux énergies renouvelables ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : C’est vrai, c’est un projet qui a connu plusieurs étapes .Nous en sommes au troisième prototype et il y a une réelle évolution par rapport aux deux premiers.
La performance du nouveau chauffe -eau est le coût estimatif. Il fallait qu’on produise un produit capable de concurrencer le chauffe- eau à gaz.
Et comme l’électricité et le gaz sont subventionnés chez nous, il n’est donc pas compétitif, cela ne nous empêche pas de le parfaire en attendant des mesures incitatives qui permettront de le placer sur le marché national.

DZEntreprise : Comment ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Notre vision est qu’on ne doit pas l’introduire par l’importation, vu qu’il ne demande pas de grands moyens pour sa fabrication.
On peut donc et facilement l’industrialiser en Algérie compte tenu des capacités locales.
Je tiens à préciser que pour la fabrication de nos prototypes, nous avons fait appel à des entreprises algériennes, étatiques et privées, pour la fabrication des pièces qui composent notre chauffe-eau.

DZEntreprise : Cela veut-il dire que si quelqu’un veut l’industrialiser, il aura tout à portée de main ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Mieux que cela !nous avons transmis les caractéristiques (peinture, verre…) à des fabricants qui ont réalisé et très bien réalisé, donc s’il y un industriel qui veut fabriquer et commercialiser, toutes les données techniques sont chez les entreprises avec lesquelles nous avons travaillé.
Avec ces données, ils peuvent procéder à la fabrication des pièces qui composent le produit à tout moment.

DZEntreprise : Mais peut-on facilement le commercialiser et comment convaincre l’industriel algérien pour le fabriquer ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Il ya deux approches, voir un industriel qui pourrait le fabriquer et le multiplier et dans cet objectif, nous avons travaillé sur le process d’industrialisation en multipliant les machines, mais cette vision n’a pas abouti bien que plusieurs industriels se soient déplacés pour voir le produit et ont manifesté de l’intérêt sans vraiment concrétiser…

DZEntreprise : Par crainte du marché ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Entre autres.Il faut savoir que si à ce jour nous n’avons pas une idée sur le marché du chauffe-eau solaire en Algérie, c’est par manque d’étude et d’intérêt pour ce même marché.
Si aujourd’hui le marché n’existe pas il existera d’ici 2030 parce qu’on ne pourra pas aller à l’encontre des solutions de développement durable et d’énergie propre…

DZEntreprise : Et comment peut-on l’intégrer sur le marché ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Pour être intégré il faut qu’il soit visible.
On peut le faire en impliquant les collectivités locales, en l’intégrant dans tout ce qui est d’utilité publique, les écoles, les cités universitaires, les centres de santé….
Et c’est en le multipliant qu’on pourra l’intégrer. Mais il ne faut surtout pas le faire avec des produits importés.

DZEntreprise : Et la deuxième vision ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : Elle est plus facile à mettre en œuvre ! Elle passe à mon avis par la création de plusieurs PME-PMI qui fabriqueraient chacune un composant du chauffe-eau solaire, ou tout autre appareil, et une autre ferait le montage.
A ce moment là, l’investissement est moins lourd et c’est ce qui permettra aux jeunes diplômés en énergie renouvelable de profiter des aides de l’Etat pour mettre en place des entreprises complémentaires.

DZEntreprise : Et dans ce dernier cas quel serait l’apport de l’UDES ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : En tant qu’unité qui est dans la recherche appliquée, elle a un rôle important puisqu’elle est dans la pratique.
Le transfert de ce savoir- faire vers l’industrie peut se faire par une passerelle qui est l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et du développement technologique , par abréviation l’ANVREDET, qui fait la promotion de ces produits de la recherche.
Et je reste convaincue que les produits que nous développons seront très compétitifs du point de vue qualité et prix.
Le tout est de permettre leur commercialisation.

DZEntreprise : Vous faites partie du réseau algérien des femmes en économie verte RAFEV, que visez-vous à travers le réseau ?

Dr Nachida Kasbadji Merzouk : A travers ce réseau ou les femmes proviennent de tous les horizons, nous voulons divulguer l’information en dehors du secteur du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et de vulgariser le produit de l’UDES dans d’autres secteurs.
Ce qui est important et intéressant, c’est que dans ce réseau, il n ya pas que des femmes universitaires qui sont impliquées dans l’économie verte, il y en a d’autres de profils différents qui activent dans le monde de l’économie dite verte volontairement ou par nécessité.
C’est dire que ce sont des femmes de divers horizons qui composent le réseau et que c’est autant de chances de faire véhiculer l’information.
Aujourd’hui, l’économie de l’énergie et de l’eau est l’affaire de tous, et les femmes sont plus sensibles à cette notion de développement durable et donc la protection de l’environnement de leur progéniture.
Et la sensibilisation est une des actions phare du programme de RAFEV.

Entretien réalisé par Sarah Chabi