mercredi 13 décembre 2017
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Règlement des transactions immobilières : Le chèque a du mal à s’imposer

Cinq mois après l’entrée en vigueur du décret exécutif 15-153 fixant à 5 millions de dinars et plus le seuil des transactions portant achat de biens immobiliers devant passer par l’utilisation des chèques, la disposition tarde à être appliquée sur le terrain.
Une mesure jugée irréaliste par les agents immobiliers pour qui il est difficile de trouver aujourd’hui un bien immobilier se vendant à moins de 5 millions de dinars.
Les prix sont tels que « même un petit studio avec une pièce et une kitchenette est cédé à plus de 10 millions de dinars », observe le gérant d’une agence immobilière installé depuis 6 ans dans la commune de Kouba.
Pour cet agent immobilier qui exerce le métier depuis plus de dix ans, l’exigence du payement par chèque n’a pas eu un effet significatif sur le marché.
« Nous avons peu de transactions en ce moment, mais pour les rares que nous réalisons, nos clients continuent à utiliser le cash », témoigne-t-il.

En contraignant les vendeurs et les acheteurs à passer par les banques, la disposition était sensée donner plus de traçabilité et de transparence aux transactions immobilières dont « 99 % se font en cash », nous dit-on.
Une utilisation de l’argent liquide qui a valu au secteur immobilier d’être considéré comme l’un des circuits préférés du blanchiment d’argent.
L’article 2 du décret 15-153 devait permettre de remédier à cette situation n’était-ce la difficulté de sa mise en oeuvre.

« On n’a pas l’impression que son application soit une obligation. En tout cas, ce n’est pas à nous d’obliger les gens à le faire », confie un agent immobilier qui avoue que ses clients ne sont pas forcément enthousiastes à cette idée.

« Nous faisons un travail d’information auprès d’eux. Nous leur expliquons qu’il faudra payer par chèque et ouvrir un compte bancaire s’ils n’en ont pas déjà un et nous voyons bien que pour certains d’entre eux, cela constitue une contrainte ».
La difficulté vient surtout du fait qu’à l’ouverture du compte bancaire, il faudra justifier l’origine de l’argent bancarisé.
« Les gens qui ont l’habitude de cacher de grosses sommes d’argent chez eux, sont dans l’obligation de justifier la provenance de l’argent au delà d’un million de dinars et ce n’est pas toujours simple à faire ». Par ailleurs, même les notaires qui ont la charge de donner le cachet légal à la transaction ne joueraient pas le jeu, ni même le Trésor Public qui continue à accepter l’argent liquide dans le cadre des transactions d’achat.

Avec ou sans la mesure en question, le marché reste au ralenti.
La demande en location est importante, mais l’offre est quasiment absente.

Aujourd’hui, la meilleure des agences immobilières ne fait plus qu’une ou deux ventes et une dizaine de locations par an, nous expliquent certains agents immobiliers.

« Il y a trois ou quatre ans, une agence de taille moyenne faisait un chiffre d’affaires de trois millions de dinars par an avec deux ou trois ventes et une vingtaine à une trentaine de locations en une année. Les transactions ont chuté de 70% », explique-t-on.

La crise économique actuelle et le flottement politique pèse également sur la situation.
Certains agences immobilières expliquent avoir à faire à deux types de clients en ce moment.

« Ceux qui ont de l’argent mais qui hésitent à l’investir dans l’immobilier car ils veulent garder des liquidités au cas où, et ceux qui ont de l’argent mais qui ne veulent pas le garder dans les banques car ils se disent que l’immobilier est l’investissement le plus sûr en période de crise ».

Pour les uns comme pour les autres, l’article 2 du décret 15-153 semble être le dernier des soucis en ce moment.

Par   Nadia Arezki