mercredi 15 août 2018
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M. Noureddine BOUDISSA : « Il faut mettre les moyens pour protéger le produit algérien »

Dans le cadre d’une stratégie adoptée par l’organisme algérien d’accréditation ALGERAC, un réseau de 244 laboratoires, activant dans différents secteurs comme l’agroalimentaire, les médicaments, les instruments de mesure, la sidérurgie et l’automobile, est choisi pour être accrédité dans un délai de 5 années.

Nous n’avons plus beaucoup de temps si nous voulons être fin prêts dans les délais exigés. L’Algérie qui a signé des accords d’association avec l’Union Européenne et se prépare à adhérer à l’Organisation mondiale du commerce doit impérativement accélérer son processus d’accréditation. Les pays européens qui ont instauré des règlements techniques, ont quasiment fermé le marché aux produits ne répondant pas à leurs normes.
Or, il s’avère que malgré le travail réalisé, nous accusons toujours un grand retard en la matière»
, nous explique Noureddine Boudissa, directeur général d’Algerac, dans cet entretien où il nous démontre toute l’importance de l’accréditation pour protéger notre économie nationale des importations tous azimuts et dont l’origine et la qualité sont souvent douteuses.

Cette même accréditation, nous explique-t-il, est nécessaire pour nos entreprises désireuses d’exporter, surtout que cette option est choisie pour diversifier l’économie nationale et assurer d’autres ressources financières maintenant que les prix des hydrocarbures ont sérieusement baissé.

Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre, semble le message que lance le directeur d’Algerac, il y va de notre économie à préserver.
Inculquer la culture qualité et aider à son développement devraient être le levier de contrôle et de promotion du produit national.

Voilà quinze années passées depuis la création d’Algerac, organisme algérien d’accréditation, quel est aujourd’hui le degré de prise de conscience constaté pour la culture qualité ?
Quand nous sommes arrivés sur le terrain en 2005, les gens ne savaient rien des normes et n’avaient aucune culture de la qualité.
L’intérêt pour l’accréditation avait commencé par l’exigence de l’ISO 9001 pour les entreprises qui désiraient travailler avec Sonatrach.

Pourquoi cette exigence? Que signifie l’accréditation ? Et les normes ? Quels sont les bienfaits que peut apporter cette accréditation ?
En fait, c’était le vide total.
Pour combler ce vide et commencer le travail, nous avions créé cet organisme. Ensuite, un appel a été lancé à des experts français, italiens, allemands et belges qui nous ont grandement aidés pour instaurer notre système d’accréditation. Mais, avoir un système n’est pas suffisant puisqu’il faut aussi former des experts algériens.

Nous avons alors procédé à un appel d’offres, assistés par les experts étrangers, et nous avons formé des experts dans plusieurs spécialités.

L’autre tâche qui nous restait à faire était d’aller vers les clients.
Un grand travail d’information et de communication a commencé alors, à travers des portes ouvertes, pour sensibiliser les gens aux bienfaits de l’accréditation.
Tous les secteurs étaient concernés par cette sensibilisation.
Cette étape passée, nous avions enfin commencé, dans le cadre du programme MEDA2, à remettre les certificats d’accréditation.
Le premier certificat a été remis en 2009 à un organisme de certification belge.

Aujourd’hui, un grand pas a été accompli dans ce domaine puisque beaucoup de clients viennent nous voir, avant c’était Algerac qui allait vers les clients. Mais, ce n’est toujours pas suffisant.
Sur 2000 laboratoires à accréditer, nous ne comptons qu’une soixantaine à l’avoir été.

C’est dire qu’il reste, malgré ce qui a été accompli, encore beaucoup de travail à faire pour être dans les normes ?
Vous savez, les normes changent continuellement, aussi la mise à jour est-elle essentielle.
Les formations se succèdent aussi bien pour les nouveaux éléments que pour ceux déjà accrédités. En plus de ces formations continues, des équipes Algerac sont souvent sur le terrain pour continuer le même travail de sensibilisation entamé depuis le début.

Nous voulons aller dans tous les secteurs mais certains sont plus prioritaires que d’autres.
Aller dans le secteur de la santé par exemple est une démarche que nous voudrions faire afin de lui donner de la crédibilité.

Nous voudrions ancrer une culture qualité participative. Si nous arrivons à avoir au moins 3 ou 4 laboratoires par filière, ce serait suffisant.
C’est impératif si nous voulons protéger notre économie dans le cadre du secteur mondial.

C’est-à-dire ?
Qui dit accréditation signifie, qu’après évaluation, l’organisme certificateur atteste que telle entreprise possède la compétence technique de pouvoir produire un produit ou offrir un service donné et ce, selon une procédure déjà mise en place en fonction du secteur d’activité de cette même entreprise.

Cette accréditation permettra à nos produits d’être enfin reconnus à l’international car, depuis que les pays européens ont instauré des règlements techniques, cela devient de plus en plus difficile d’aller dans ces marchés fermés aux produits ne répondant pas à leurs normes.

Dans les faits, nous accusons un retard important malgré tout ce qui a été accompli dans ce domaine.

Que comptez-vous faire, en tant qu’organisme d’accréditation, pour rattraper ce retard qui nous pénalise dans notre accès à l’international mais, aussi, pour faire face à tous les produits qui envahissent notre marché ?
Nous avons adopté une stratégie qui repose sur la création d’un réseau national de laboratoires à accréditer.

Pour ce faire, nous avons choisi les filières où les importations sont plus importantes ; à savoir, le secteur du médicament, l’agroalimentaire, les instruments de mesure, la sidérurgie et l’automobile. Ainsi, 244 laboratoires sont déjà sélectionnés et seront accrédités dans les meilleurs délais, c’est-à-dire cinq ans.
Ces laboratoires disposeront de la réglementation technique nécessaire et les certificats des produits. À l’issue de cette accréditation, nous aurons des organismes au niveau des ports, des aéroports et des frontières terrestres qui contrôleront tous les produits avant leur entrée dans notre pays.

Ce contrôle se fera selon les normes exigées et sur la base de rapports d’essai et, non pas seulement, sur la base du dossier administratif qui nous est fourni par l’expéditeur et, dans lequel, il peut mettre toutes les qualifications, même si elles sont fausses sans que nous puissions le vérifier.

Cela mettra un frein aux multiples importations de la contrefaçon et des produits périmés qui inondent notre marché. Désormais, l’agrément sera délivré sur la base de qualifications, de la compétence.

Il n’est plus question d’acheter à coup de milliards des produits dont la seule garantie est offerte par le fournisseur.
C’est la meilleure façon pour nous de protéger notre économie nationale.

Cette même procédure concerne les produits que l’on veut exporter et qui, du fait d’être accrédités, pourront pénétrer normalement dans tous les pays avec lesquels nous avons signé des accords d’association.

À ce jour, tous les ministères ont agréé cette idée mais il reste que chaque secteur devrait se mettre rapidement au travail. Finances, commerce, agriculture….sont des secteurs qui doivent collaborer à cette démarche.
L’État doit s’appuyer sur ces organismes pour surveiller le marché.

Justement, cette quête du marché de l’export fait beaucoup parler de la labellisation ces derniers temps. Où en est cette procédure ?
La labellisation, tout comme l’accréditation, fait partie de la stratégie adoptée par notre organisme.
Dans un premier temps, la labellisation concerne des produits du terroir ; à savoir, les dattes Deglet Nour, la figue de Béni Maouche et les olives de la région de Sig.

Cette labellisation se fera selon un cahier de charges et une réglementation technique.
Grâce à une marque et un emballage algériens, nos produits seront présents dans les grandes surfaces à l’étranger et identifiés selon leur origine.
Cela mettra fin aux pratiques déjà constatées où nos produits sont écoulés à l’étranger sous des labels de pays voisins.
Il faut savoir que nous ne pourrons développer aucun produit sans laboratoire.

Là aussi, nous attendons que les ministères finalisent la tâche qui leur incombe, c’est-à-dire préparer les textes législatifs et la réglementation technique.
Pour assurer la promotion du produit algérien, nous sommes obligés de passer par cette étape.

Notre rôle, en tant qu’instrument technique, est la reconnaissance de la compétence mais nous ne pouvons pas tout faire.
Il faut donner les moyens nécessaires pour la promotion du produit algérien.

Ce que nous dépensons pour importer un peu de tout, nous pourrions l’utiliser à développer des laboratoires.
Si par exemple, l’État consent 2 à 3 millions de dinars par an et par laboratoire, nous aurons une économie de 3 milliards.

Entretien réalisé par   Khadidja Mohamed Bouziane