samedi 17 novembre 2018
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Le savoir académique au service de la bonne gouvernance

Nous avons tenté, dans nos précédents articles, de préciser quelques repères du savoir académique en vigueur dans les discours et les pratiques de nos entrepreneurs.

Nous pouvons en récapituler quelques-uns :

  • la finalité du management est de produire des résultats professionnels susceptibles de développer les performances de l’entreprise.
  • développer des compétences managériales c’est investir dans le futur.
  • les conditions spécifiques du changement de mode de gestion imposent le nouveau management.
  • l’action managériale est cet acte d’appropriation du changement souhaité.
  • les méthodes de management visent à rendre l’organisation plus efficace et à créer les conditions de la culture d’entreprise.
  • l’intérêt de la stratégie repose sur le développement de l’organisation.
  • la stratégie d’entreprise ou management d’entreprise contribue à prendre les « bonnes « décisions managériales.
  • la mise en action de la stratégie relève de la gestion d’entreprise.

Ce fil conducteur est établit pour enfin expliquer la problématique de la «bonne gouvernance» que nous exposons à travers la question de savoir comment faciliter la compréhension des situations complexes actuelles dans un contexte qui exige d’agir vite et dans la contrainte ? En changeant le mode entrepreneurial.

C’est, en effet, ce qui ressort du 11e Symposium organisé par le MDI, autour de la thématique « Rénover la gouvernance des entreprises et des administrations économiques.»

La bonne gouvernance, une thématique dont le CARE, NABNI, et autres think-tank (laboratoires d’idées) ont en fait la préoccupation principale de leurs espaces d’expression. Une préoccupation qui s’apparente à une veillée au chevet d’un malade, l’entreprise algérienne et plus particulièrement les PME. Chacun y allant de son remède. Mais tous s’accordant à exprimer cette volonté de voir nos entreprises être le véritable moteur de notre développement économique.
Une volonté, faut-il le rappeler, affichée par les pouvoirs publics encore tout récemment par des responsables de l’Agence Nationale de Développement et de Promotion de la PME : «Il faut diversifier, analyser les niveaux de compétitivité, élaborer un rapport stratégique de développement et aller vers un développement sectoriel d’industries» tout en insistant sur l’imminente mise en oeuvre du dispositif réglementaire de mise à niveau des entreprises dont un fond lui a été dédié depuis 2010.

Une mise à niveau que confirme, dés l’entame du préambule du code de gouvernance d’entreprise le CARE (Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise) : « la bonne gouvernance s’affirme comme une condition essentielle de la croissance des entreprises et de leur survie dans les contextes de crise ».

Et des participants du 11e Symposium : « la qualité de la gouvernance est devenue une source d’avantage concurrentiel durable dans un environnement
concurrentiel ». Et de l’initiative citoyenne NABNI, dont le contenu de l’acronyme est déjà un programme : Notre Algérie Bâtie sur de Nouvelles
Idées, qui précise : « l’urgence de changer, de manière fondamentale, le cadre de gouvernance économique ».

Ainsi, tous participent à donner une vision sur l’avenir de nos entreprises et de faire de la gouvernance une position stratégique. Une gouvernance qui se définit par bien gouverner à partir de la mise en place de nouveaux modes de pilotage. Des modes qui se déclinent à partir des mesures de régulation de l’économie nationale par l’élaboration et la mise en oeuvre de règles communes connues et admises par tous. Et surtout par des règles de contrôle. Une bonne gouvernance qui serait donc la définition de bonnes pratiques et qui reposerait sur les principes d’équité, de transparence et de définitions des responsabilités.

La gouvernance d’entreprise est donc une posture managériale et un ensemble de «dispositions pratiques » pour redresser notre économie. De «bons dispositifs» (souvent hélas dira-t-on détricoter au gré de nouvelles « urgences) pour permettre aux dirigeants des entreprises de diriger (parce que c’est leur mission) dans la confiance et en toute sécurité par rapport à la loi et avec de plus de lisibilité des actes de gestion.

Cependant, du fait que les questions des capacités à faire respecter ces règles ou ces normes se posent toujours avec acuité (le problème des compétences managériales restant toujours posé) les plus belles « idées » ne risquent-elles pas de servir à revivifier les vieux principes de gestion tout simplement? Ou en proposant l’expérimentation de modèles déjà pratiqués ailleurs ? A présenter des mesures curatives au lieu de mesures préventives et en proposant l’expérimentation de modèles déjà pratiqués ailleurs? A risquer de faire croire que la relance est à envisager par le savoir et la pertinence des analyses, (ce faisant, les efforts intellectuels des uns participent à l’éloignement des autres)? Sinon comment expliquer la défiance ou le manque d’engouement des cadres algériens par rapport au code de bonne gouvernance ? Jamais la stratégie n’a été autant au coeur des débats sur l’état de nos entreprises, mais jamais, au vu de la persistance des problèmes, nous en avons fait assez.

La stratégie suppose une analyse préalable de l’existant et un diagnostic précis. Elle exige aussi une évaluation des choix possibles.
C’est la mise en place des conditions managériales qui va servir la mise en oeuvre du changement du mode entreprenarial, qui va encourager l’entreprise algérienne. Et ces conditions doivent être celles de l’organisation et non des propriétaires de l’entreprise.

Le champ de la gouvernance d’entreprise s’est en effet constitué de l’urgence à séparer les fonctions de propriété exercées par les actionnaires (souvent membres d’une même famille) des fonctions de gestion assurées par les dirigeants (ou aujourd’hui par les managers). Donc n’est-il pas judicieux de reformuler la problématique de l’entreprise à l’aune des contradictions qu’elle vit surtout si l’on admet que les problèmes d’aujourd’hui viennent des mauvaises solutions d’hier et que ceux de demain viendront des choix stratégiques qui ne seront pas mis en action dès aujourd’hui. Le refus de la bonne gouvernance constituera alors la condition de nos échecs.

Par Redouane Mohammedi