mardi 13 novembre 2018
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L’Algérie attend davantage des Socialistes

L’arrivée de la gauche aux affaires en France, après le dramatique quinquennat Sarkosien, est vue d’un bon oeil à Alger, où Hollande possèderait quelques amis. Après la crispation, la décrispation que l’on a sentie à l’annonce des résultats de la présidentielle en France. Bien sûr, beaucoup de ce côté-ci de la Méditerranée ont un faible pour la gauche française, quand ils ne chahutent pas l’aventurisme et l’aveuglement politique de la droite vis-à-vis de l’Algérie.
Même si celle-ci, sur le plan économique, a été plus incisive dans ses relations avec l’Algérie que l’ère Mitterrand. Mais, loin des satisfécits conjoncturels, il y a, pour l’Algérie, beaucoup de choses à revoir, d’autres à reconstruire,et certaines à poursuivre.

Il en est ainsi des relations économiques entre les deux pays qui avaient entre 2010 et le premier trimestre 2012, du moins avant la campagne électorale en France, amorcé une réelle dynamique. L’ex-Premier Ministre Jean Pierre Rafarin, avait été, rappelons le, chargé par le président Sarkozy de réaménager complètement les relations économiques entre les deux pays et, surtout, relancer un nouveau type de partenariat, avec l’implication de fait du puissant patronat français, le Medef. Globalement, les choses se sont bien passées et les PME des deux pays, du moins leurs représentants, ont identifié les secteurs potentiels à développer, et les niches à explorer.

Industrie automobile, chimie, haute technologie, agriculture, pétrochimie et hydrocarbures, rien n’a été laissé au hasard avec deux méga-contrats, l’un entre le groupe Sonatarch et le groupe pétrolier Total, l’autre entre l’Etat algérien et Renault. Ce dernier projet, cependant, bloque.
Il butte sur de nombreux problèmes, aussi bien technique que financier et politique. Pour l’Algérie, le changement de personnel à l’Elysée change également la donne dans le dossier Renault.

C’est, en fait, de la gestion de ce dossier que devrait se décider la politique économique de la France avec l’Algérie. Autrement dit est-ce que le gouvernement Ayrault va aller plus loin que le gouvernement Fillon pour pratiquement pousser Renault à s’installer en Algérie, comme il l’a fait au Maroc, où il a inauguré en janvier l’usine de Tanger.

La résolution de cette équation devrait échoir à l’un des proches entre les proches de François Hollande: Pierre Moscovici, nommé ministre de l’économie, des finances et du commerce extérieur. C’est sur cet homme que va reposer la poursuite du travail de Raffarin: mettre en place un véritable partenariat gagnant-gagnant entre Paris et Alger.

L’autre bonne carte qui sera jouée dans l’approfondissement des relations économiques entre les deux pays s’appelle Laurent Fabius. Nommé chef de la diplomatie française, Fabius va constituer pour le chef du gouvernement une sorte de cheval de Troie pour reconstruire les relations politiques avec Alger, massacrées par le positivisme de la colonisation’’ ou le refus de repentance des crimes contre l’humanité commis en Algérie, de l’ère Sarkozy.
Fabius et Moscovi devraient mieux percevoir les grands enjeux d’une réelle amitié avec l’Algérie, d’autant que sur le volet économique, la France, en crise financière, a beaucoup à gagner en participant, à sa manière, au formidable plan de charge du programme quinquennal, avec ses 286 milliards de dollars. Certes, l’agenda des nouveaux arrivés à l’Elysée est chargé pour le moment, mais très vite en tout cas, les deux pays vont reprendre langue et reprendre les choses là où elles avaient été interrompues, calendrier politique en France oblige.

Pour la nouvelle équipe à Matignon, il faudrait, par ailleurs, revoir le dossier Renault, pour que les négociateurs des deux pays puissent avancer.
Premier obstacle à lever pour les socialistes: réunir un consensus au sein des syndicats ouvriers de Renault pour qu’ils donnent en quelque sorte leur feu vert pour la délocalisation de certains segments de fabrication en France pour les déplacer en Algérie, à Bellara comme le veulent les autorités algériennes ou à Rouiba comme le souhaite du bout des lèvres Carlos Ghosn, le P-Dg de Renault, qui avait ferraillé dur contre ces mêmes syndicats et une partie de la classe politique lorsqu’il avait inauguré l’usine de Tanger, spécialisée dans la fabrication de voitures Low Cost, la Dacia notamment ou le Duster.
Mais dans ce dossier de la poursuite de l’approfondissement des relations économiques entre les deux pays, l’arbitrage du président Hollande, du moins en ce qui concerne les investissements français en Algérie, vaudra assurément son pesant d’or.

Or, à preuve du contraire, le nouveau président de la France, a déjà manifesté à l’égard de l’Algérie quelques bons sentiments qui laissent présager un nouveau départ entre les deux pays. Alors en campagne électorale, il avait dit vouloir «en finir avec la guerre des mémoires», dans une tribune publiée par un quotidien algérien pour le 50e anniversaire de la signature des accords d’Evian. «La France et l’Algérie ont un travail en commun à mener sur le passé pour en finir avec la guerre des mémoires et passer à une autre étape, afin d’affronter les défis commun en Méditerranée», avait-il encore ajouté. Invité par le FLN il y a un an, il avait souhaité que l’avenir «se construise ensemble». «Aujourd’hui, entre une repentance jamais formulée et un oubli forcément coupable, il y a place pour un regard lucide, responsable sur note passé colonial et un élan confiant vers l’avenir», avait également relevé Hollande.

Le temps des relations apaisées ? On n’en est pas encore là, mais les milieux d’affaires français savent que le marché algérien est l’une des grandes portes de sortie de la crise économique qui frappe la France, même si ce n’est pas avec la même intensité que la Grèce, l’Espagne ou l’Italie. Et Paris a mieux commercé avec Alger en 2011 avec un gain net de sa balance commerciale de 1,3 milliard d’euros pour avoir vendu à l’Algérie, pour une valeur de 5,7 milliards d’euros, des machines, des céréales, des voitures, produits pharmaceutiques, matières plastiques, ordinateurs, produits laitiers, ect. La France a acheté pour une valeur de 4,4 milliards d’euros de produits algériens, en grande partie des hydrocarbures et dérivés pétroliers. Fatalement, l’Algérie reste le premier marché pour la France en Afrique du Nord devant le Maroc où les exportations françaises représentent 4,3 milliards et la Tunisie (3,2 milliards).

Par Ali Sassi