jeudi 19 octobre 2017
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Hassiba Bensallem

Hassiba Boussallem-Bendious, artisane: «Mon ingéniorat d’Etat en technologie du textile ne m’a pas fait vivre»

La quarantaine bien entamée, Hassiba Boussallem-Bendious pratique, depuis plus de deux décennies, le métier de potière. Ce n’était pas son choix professionnel et de carrière même si depuis toute jeune, aux côtés des ses grand-mères, elle a appris de l’une, la poterie, et, de l’autre, le tissage.

C’était une passion et pas question d’en faire un métier pour cette jeune femme qui, un ingéniorat d’Etat en technologie du textile en poche, ne conservera pas très longtemps son travail dans cette filière du textile déstructurée et achevée par les années du terrorisme. «Il fallait vivre! J’ai donc recentré mes intérêts et pris la décision de vivre de ma passion. D’autant que quand j’étais étudiante, je vendais les objets que je réalisais, au niveau des foires organisées dans l’enceinte de l’université à l’occasion des diverses journées nationales et internationales. Je suis issue d’une famille très modeste, il me fallait donc payer mes études», nous a confié cette artiste que nous avons rencontrée à l’occasion de la 20ème édition du Salon International de l’Artisanat.

A chaque salon, une nouveauté

Un événement que Hassiba Boussallem-Bendious connait très bien puisqu’elle en est à sa 18ème participation. Elle y est entrée alors qu’elle n’avait que quatre petites années d’expérience en tant qu’artisane. Un métier auquel ne pensait même pas cette passionnée de poterie, de couleur et de design, qui était loin de s’imaginer qu’un jour ses clients la suivraient de salon en salon. «Vous êtes là, cela fait un moment que je vous cherche», s’exclame non sans une certaine satisfaction une dame qui s’engouffre dans le stand de l’artisane. Un stand tout en couleur où se bousculent presque les objets sériés, d’autres pas, des exclusivités réalisées dans son atelier situé dans la cave d’un immeuble à Oran où elle habite depuis quelques années déjà. «En fait, comme je n’ai pas de représentant sur Alger, mes clients saisissent l’occasion des salons et autres foires pour venir choisir des pièces. Au fil du temps, j’ai réussi à me faire une clientèle fidèle, à la recherche de pièces uniques, et pour certains, pour récupérer des objets faits sur commande», fait remarquer Boussallem- Bendious Hassiba qui revient sur une mauvaise expérience vécue avec quelques revendeurs de la capitale. Une parenthèse qu’elle referme en déplorant de ne pas pouvoir commercialiser son produit à travers un circuit bien organisé où l’artisan comme le commerçant trouvent leurs comptes. Mais elle ne désespère pas d’avoir enfin un local à la mesure de ses ambitions. Comme de nombreux artisans, elle ne comprend le choix des pouvoirs publics quant à l’octroi des locaux au sein des Maisons de l’artisanat. «On nous dit que la priorité est accordée aux jeunes pour les amener vers nos métiers. C’est un argument que j’accepte mais ne comprends pas», soutient Hassiba qui collectionne les trophées à l’international dont une médaille d’or ramenée d’Italie, en 2013, à l’occasion du concours international de la femme artisane. «Chaque candidate devait dans sa catégorie présenter un projet innovant. Mon projet a consisté en la réalisation d’une mosaïque avec une pâte de relief qui ne nécessite pas de 2ème cuisson», précise Mme Bendious qui a réussi à monter une petite entreprise avec son époux qui a, volontiers, quitté un poste dans la fonction publique pour l’accompagner dans son aventure. «Aujourd’hui, il met la main à la pâte et s’occupe, entre autres choses, à travailler le cuir pour encadrer les céramiques». Des produits signés «Hassiba Boussallem» qui tient à apposer, sur ses œuvres, son nom de jeune fille en reconnaissance à son père qui, malgré une situation des plus modestes, a toujours poussé sa fille à faire des études et à vivre sa passion.

Travailler l’argile et la pierre

Cette passion combinée à ses connaissances d’ingénieur l’a amenée à triturer les pierres pour en extraire de la poudre et en faire de la peinture qu’elle colore avec des plantes naturelles, toutes sortes de plantes et d’épices. «Je fais avec ce que je trouve, le sol et le sous-sol sont pleins de pierres qui ne demandent qu’à s’exprimer, l’argile je l’achète localement, en fait tout me vient de la nature», tient à préciser l’artisane dont les produits ont séduit les visiteurs de la foire de Villepinte en France où elle a exposé son chandelier fait de 2 argiles locales et une technique à froid. Un procédé avec lequel elle a décroché le premier prix à un concours national. De Villepinte, elle est également rentrée avec une commande de 4000 pièces. Commande qu’elle n’a hélas pas pu honorer faute d’espace. «J’ai un tout petit atelier donc, techniquement, il m’est impossible de travailler, j’ai sollicité un espace, j’ai eu des promesses, je reste en attente», commente notre interlocutrice qui fait de la formation une obligation : «Toutes les personnes qui veulent apprendre sont les bienvenues, j’ai formé énormément de jeunes femmes. Il y a des potentialités, toutes n’ont pas les moyens de s’installer à leur compte, mais si mes capacités me le permettaient, je pourrais employer jusqu’à 5 personnes».

Un projet que n’abandonne pas cette artiste qui trouve le temps de faire de la poésie, d’animer une émission télévision et de s’occuper de ses trois enfants.

Sur les œuvres de l’artiste, nous retrouvons les empreintes de plusieurs régions: l’Est et la Kabylie d’où sont originaires ses parents, l’Ouest où elle vit après avoir épousé un enfant de Tlemcen. Elle s’est inspirée, rappelle-t-elle, de toutes ces empreintes culturelles faites de signes et de couleurs pour sa thèse qui a porté sur «Comment moderniser un textile en lui donnant un cachet local», notamment pour la literie. Une thèse qui lui a permis de décrocher son diplôme et rien d’autre…

S.C.