jeudi 15 novembre 2018
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Dr Abderrahmane Mebtoul à propos des subventions :«Il faut une Chambre nationale de compensation indépendante»

Le professeur des universités et expert international, Dr Abderrahmane Mebtoul, a adressé ces derniers jours au Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, un long rapport intitulé «Le défi du nouveau gouvernement Tebboune : une Chambre nationale de compensation pour des subventions ciblées ». Dans une synthèse de ce même rapport, il constate que « l’Etat algérien dépense sans compter » et subventionne un grand nombre de produits de première nécessité sans aucun ciblage ce qui fait que celui qui gagne le SNMG et le chef d’entreprise nationale ou étrangère bénéficient de ces prix.

Il est ajouté que les subventions manquent d’équité, ce qui nécessite une réforme car le fait de conserver cette politique « coûte de plus en plus cher ».

Mebtoul cite un rapport de la Banque mondiale selon lequel en moyenne dans le monde, 20% des plus riches bénéficient six fois plus que 20% des plus pauvres des subventions. Le rapport recommande que les programmes d’aide sociale soient ciblés de manière à aider les ménages pauvres et vulnérables.

En Algérie, même si le gouvernement algérien a augmenté le prix de l’essence et d’autres produits énergétiques en 2016 pour la première fois depuis 2005 et malgré une hausse de 34 %, du prix de l’essence, ce produit figure toujours parmi les moins chers au monde : son prix étant un peu plus élevé que celui de l’eau minérale.

Or, il se trouve qu’une essence bon marché profite surtout aux ménages aisés et selon la Banque mondiale, les 20 % d’Algériens les plus riches consomment six fois plus de carburant que les 20 % les plus pauvres.

Les subventions des carburants et d’électricité profitent aux riches qui ont plusieurs voitures et qui sont raccordés au réseau électrique national possédant des maisons plus grandes équipées de la climatisation, ajoute le professeur.

Le cas du prix du pain qui est subventionné depuis 1996 est aussi cité. Toutes ces subventions coûtent au Trésor public un différentiel qui reste mobile en fonction des fluctuations du prix d’achat de la matière première sur les marchés mondiaux, est-il expliqué.

Devant ces constats, le professeur affirme que l’objectif stratégique 2017/2020 sera de concilier l’efficacité économique et la justice sociale avec le ciblage des catégories les plus défavorisées.

En outre, les subventions généralisées faussent l’allocation rationnelle des ressources rares et ne permettent pas d’avoir une transparence des comptes faussant les normes de gestion élémentaires et les prévisions tant au niveau micro que macroéconomique. Tout cela aboutit au niveau des agrégats globaux (PIB, revenu national) « à une cacophonie additionnant des prix du marché et des prix administrés ».

Cette situation décourage la production locale avec un gaspillage croissant des ressources financières comme elle conduit le professeur à poser la question du devenir de cette politique après les trois années de dégrèvement tarifaire avec l’Europe à l’horizon 2020 et l’éventuelle adhésion à l’OMC. Les produits énergétiques sont également concernés notamment par la suppression de la dualité du prix du gaz.

L’Etat n’a plus avec le niveau actuel du prix des hydrocarbures les moyens de continuer à subventionner certains produits et le professeur rappelle qu’il a préconisé entre 2008/2009 l’instauration d’une Chambre nationale de compensation indépendante. Elle devait être placée au niveau du Premier ministre en relation avec le Conseil économique et social. La Chambre serait chargée de mettre en place un système de péréquation intra socioprofessionnel et interrégional ciblé.

A ce niveau d’analyse, Mebtoul cite l’expérience iranienne pour faire face à la baisse du cours des hydrocarbures et qui peut être utile à l’Algérie car il a été décidé de revoir les subventions généralisées non ciblées. Le dispositif de subventions indirectes avec 27 % du PIB en 2007/2008 (soit environ 77,2 milliards de dollars) a été remplacé par un programme de transferts monétaires directs aux ménages iraniens.

Près de 3 millions de ménages à revenu élevé ont déjà été rayés des listes des bénéficiaires. Comme impact, le taux de pauvreté a reculé de 13,1 à 8,1 % entre 2009 et 2013 (sur la base d’un seuil de pauvreté de 5,5 dollars en parité de pouvoir d’achat de 2011).

Mebtoul explicite sa pensée en expliquant que «le grand problème au niveau mondial sera de revoir la politique des subventions des énergies fossiles qui pénalisent la transition énergétique ». Chaque année dans le monde, 5.300 milliards de dollars (10 millions de dollars par minute) sont dépensés par les Etats pour soutenir les énergies fossiles, selon les estimations du Fonds monétaire international. Or, il semble bien que la majorité des dirigeants du monde ont pris conscience de l’urgence d’aller vers une transition énergétique. 

« Pour l’Algérie y a-t-il une réelle volonté de changer de politique économique pour l’émergence d’une économie hors hydrocarbures et ce pour le bien-être des générations futures mettant fin au cancer de l’économie de la rente qui se diffuse dans la société par des subventions généralisées et des versements de traitements sans contreparties productives décourageant tout créateur de richesses ? » s’interroge Mebtoul.

En conclusion, Mebtoul termine son analyse par cette phrase : « Face à la concentration excessive du revenu national au profit d‘une minorité rentière, cela renforce le sentiment d’une profonde injustice sociale, l’austérité n’étant pas partagée, la majorité des Algériens veulent tous et immédiatement leur part de rente, reflet du divorce Etat/citoyens, quitte à conduire l’Algérie au suicide collectif. »  

Ali Soltani