jeudi 15 novembre 2018
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DG par intérim d’ARDIS : «Tant que le métier se développe, tout se développe»

A moyen terme, Ardis ambitionne d’ouvrir 20 hypermarchés à travers le pays. Toutes les grandes villes devraient en avoir au moins un.

Celui d’Oran est au stade d’achèvement, l’ouverture est prévue pour le 1er semestre 2016.
A Tizi Ouzou, les travaux de terrassement ont déjà commencé. Des autorisations ont été délivrées pour Ouargla, Annaba et Biskra. Pour les autres villes, les demandes sont à l’étude au niveau des Calpiref.
Les attributions des assiettes foncières sont, de l’avis de Saïb Malek, DG par intérim d’Ardis, le meilleur des encouragements de l’Etat pour aider à développer le métier de la grande distribution. Un métier sur lequel il nous entretient.
Dans l’interview qui suit, Saïb Malek revient sur l’expérience d’Ardis qui début juillet dernier a fêté ses 3 ans.



 Quelques rappels sur la création de l’entreprise ? 

Le centre commercial Madina Center a été inauguré le 5 juillet 2012. Trois ans déjà.
L’ouverture, je tiens à le rappeler, a été très difficile.
Le centre commercial étant très spacieux, renfermant en son sein beaucoup d’infrastructures, très diversifiées et différentes les unes des autres, nous avons eu des difficultés à gérer l’afflux de la clientèle et à lui offrir la meilleure des prestations.
Cela n’empêche que durant ces 3 ans, Ardis a connu un développement, même si l’ouverture a été difficile à gérer.



 Pourquoi difficile ? 

Elle l’a été compte tenu de la diversification des structures et de l’importance de l’espace.
Il fallait gérer le flux de la clientèle vers les infrastructures de loisirs et l’hypermarché.
Le métier de la grande distribution étant nouveau en Algérie, pas très développé.
Nouveau pour tout le monde, que ce soit pour les opérateurs économiques, les clients qui n’avaient pas l’habitude de fréquenter les grandes surfaces, ou nos propres employés qui n’étaient pas formés pour le métier, donc pas d’expérience dans le domaine.
Ce fut une mission délicate. C’était un défi et nous avons réussi l’ouverture avec des insuffisances que nous avons réglées de jour en jour, d’année en année.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un stade de qualité très appréciable puisque nous sommes certifiés ISO 9001 version 2008 depuis septembre 2014.
Nous sommes donc assignés à un système de management qualité que nous veillons à appliquer chaque jour et à la persévérance dans l’amélioration continue de la qualité de nos prestations.



 Comment ? 

Aujourd’hui, la différence entre le métier de la grande distribution et les achats qui se font à l’extérieur de façon traditionnelle, épicerie, supérette, est entre autres détails dans la prestation de service qu’on offre.
Une prestation de service qui ne se limite pas à garantir la seule prestation d’achat.
On n’offre pas au client la seule prestation de venir pour acheter, on lui offre des loisirs, notamment quand il vient en famille.
Tout se fait dans un cadre convivial, c’est un centre commercial qui renferme plusieurs sous-infrastructures de loisirs, il y a du divertissement pour tout le monde.
En plus de l’acte d’achat, il doit trouver les supports pour ses achats, voire des caddies et paniers, une bonne signalétique, en plus des agents qui vont l’orienter en temps réel pour trouver le bon produit en lui offrant toute une gamme de qualité.
A cela s’ajoute l’animation que l’on programme pour divers évènements.



 S’agissant des produits, êtes-vous sélectifs ou la porte est ouverte à tout le monde ? 

En fait, c’est très simple, nous travaillons avec des producteurs qui sont identifiés socialement et fiscalement, puis il y a le côté sécurité alimentaire. Tout produit sur lequel il y a le moindre soupçon sur le plan légal est rejeté.
Tout produit doit être étiqueté et toutes les indications légales respectées.
On n’achète pas chez n’importe qui. Pour les produits périssables et frais, nous veillons à ce que la chaîne de froid du producteur au consommateur final ne soit pas rompue. Donc à la moindre suspicion, le produit est rejeté à la réception.



 Il y a eu des cas ? 

Oui, surtout au départ, les fournisseurs ont fini par comprendre que nous sommes rigoureux sur ces aspects-là qui relèvent de la santé du client, les cas commencent à se raréfier.
Aujourd’hui, ils sont presque inexistants. Nous sommes également très exigeants avec nous-mêmes.
Dans nos magasins, la température est affichée sur les frigos, s’il y a le moindre souci, nos techniciens interviennent en temps réel.



 Et s’agissant d’autres produits que ceux périssables ? 

C’est comme pour tout le reste. Il y a le côté légal, il y a le côté sécurité alimentaire, et il y a aussi l’exigence de notre clientèle.
Nous sommes le plus grand hypermarché en Algérie, c’est dire que tous les producteurs veulent être présents chez nous.
On ne peut malheureusement pas accueillir tout le monde. Il faut savoir qu’on ne peut pas proposer des produits qui ne sont pas demandés.
Par contre, il nous arrive assez souvent d’essayer d’introduire de nouveaux produits, parfois d’entrée de gamme, parfois un peu luxueux, on essaie et on voit la réaction de notre clientèle.
S’il y a un engouement, il est clair qu’on y va en boostant le produit.
Il faut savoir que dans notre politique, on donne la chance à tous les fournisseurs pourvu qu’ils aient la volonté de bien faire, surtout les producteurs nationaux.
Nous essayons de les aider, nous avons aidé beaucoup d’enseignes nationales, aujourd’hui, ce sont des partenaires privilégiés qui jouissent dans notre centre d’espaces très prisé.



 En parlant de production nationale, quel traitement réservez-vous aux produits dits du terroir.
L’hypermarché a-t-il une politique d’encouragement pour les toutes petites entreprises créées dans le cadre du dispositif d’aide à la création d’emplois ? 


Je ne peux pas vous dire si par le passé, il y a eu ce genre de partenariat pour les produits dits artisanaux, aujourd’hui, il n’y pas vraiment d’espaces dédiés à cela.
C’est clair que si demain, nous avons des demandes de ce type et même si elles nécessitent l’agencement d’un rayon, on le fait.
Vous savez tout ce qui est demandé par notre clientèle, nous n’hésitons pas un instant à le faire.



 Partant de votre expérience,
êtes vous arrivés aujourd’hui à faire satisfaire par vos partenaires toutes les exigences pour la commercialisation de leurs produits, je parle de code, d’étiquetage, de qualité d’emballage, de facturation… 


C’était une des difficultés au départ, ce ne sont pas tous les fournisseurs qui s’inscrivaient dans la grande distribution, ils travaillaient essentiellement avec les supérettes et les petits commerces avec pour seul objectif d’écouler leur marchandise.
Aujourd’hui, chez nous, il y a le respect d’un certain nombre de paramètres et on ne peut pas faire l’impasse sur le côté légal et la sécurité alimentaire.
On peut faire des concessions sur pas mal de choses, mais pas sur ces deux aspectslà.
Donc, beaucoup se sont adaptés même s’ils restent des insuffisances.



 Avez-vous balisé tout cela par un cahier des charges ? 

Nous avons des contrats, mais nous n’allons pas dans le détail, nous mentionnons que tel produit doit respecter tel et tel paramètre. Beaucoup se sont adaptés et très vite.



 S’agissant de l’animation dans l’hypermarché, est-ce votre initiative ou celle de vos fournisseurs ? 

Des deux à la fois. Nous devons maintenir une dynamique dans l’hypermarché avec des séances d’animation, de dégustation, de show cooking, de tombola…



 Parlons de difficultés, quelles sont celles qui freinent le développement de votre hypermarché ? 

On n’a pas toujours les produits qu’on veut.
Parfois les fournisseurs n’arrivent pas à respecter les délais de livraison, parce qu’eux- mêmes sont tributaires de la disponibilité de la matière première par exemple.
Il y a plein d’intervenants qui font qu’on ne peut pas respecter une programmation mais on s’organise de telle sorte à ce qu’on ne tombe pas en rupture de stocks.
L’autre difficulté, c’est la gestion en temps réel des clients, parfois l’alimentation du magasin se fait en flux tendu.
Notre personnel, qui avoisine les 600 employés, et qui a bénéficié d’une formation, arrive à gérer.
En plus, nous avons un avantage que nos concurrents n’ont pas, c’est un parking immense et gratuit.



 Si je vous demandais de résumer votre expérience ? 

Avec l’administration, cela se passe relativement bien, puisque nous travaillons en toute transparence, que ce soit avec le fisc, la sécurité sociale.
Reste à régler rapidement les problèmes des opérateurs économiques, notamment quand il s’agit de libérer les conteneurs.
Il y a aussi le fait que les agents des impôts ne se déplacent pas rapidement pour constater la destruction des produits que nous avons dans la déchetterie.
Et quand il s’agit de denrées périssables, cela peut engendrer des contaminations.
Sinon globalement, les choses se passent relativement bien, il faut savoir que tant que le métier se développe, les mécanismes se développent aussi.
La main-d’oeuvre est inexistante, tout le personnel que nous recrutons passe par une formation interne, nous avons même formé des formateurs.



 Quelle est la mesure que vous voudrez voir les pouvoirs publics prendre pour développer cette activité ? 

Le secteur de la grande distribution est très petit, il est d’environ 3%, c’est rien.
L’Etat, les institutions concernées sont conscients que c’est la meilleure alternative, notamment au marché informel.
Aujourd’hui, dans la capitale, nous n’avons que trois hypermarchés, c’est très peu.
Tous ceux qui veulent s’investir dans le métier doivent être les bienvenus, il y a de la place pour tout le monde, le marché est très petit, aujourd’hui, dès que quelqu’un s’installe, nous sommes contents puisque c’est le métier qui se développe et quand le métier se développe, tout se développe avec.
Nous ne sommes pas encore dans la concurrence.
L’Etat doit encourager ce secteur.



 Comment ? 

Par notamment la libération des assiettes foncières, les hypermarchés, ce n’est pas 100 m2, heureusement cette activité n’exige pas un positionnement stratégique, on peut s’installer en dehors de la ville, dans les pays où ce métier est très développé, on trouve des hypermarchés à 40 km de la ville.
Il faut également faciliter l’importation des équipements pour les grandes surfaces, c’est un métier qui n’existe pas chez nous, donc il faut recourir à un équipement importé.
Il y a aussi le souci de la formation. C’est un métier à part entière.
Beaucoup pensent qu’un hypermarché, c’est une supérette à grande échelle.
C’est faux ! Un gestionnaire des stocks d’une supérette ne peut gérer les stocks d’un hypermarché, il y a des mécanismes, des réflexes, des comportements et des techniques propres à ce métier.
L’Etat devrait accompagner ce métier en intégrant cette formation dans les écoles.

Entretien réalisé par   Sabrina Mouloud