lundi 24 septembre 2018
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Conjurer le mauvais sort et…le fisc !

On parle souvent d’absence de culture de la communication dès qu’il s’agit des opérateurs économiques algériens.
En effet, les algériens n’aiment se faire de la publicité.
Ils parlent moins de leurs affaires, encore moins de leurs richesses.
Pour certains, cette tendance à vouloir passer inaperçu s’explique par la fuite fiscale qui fait tabac dans le pays.

Il y a effectivement une partie de vérité dans cette affirmation puisque même les chiffres officiels le confirment.
Le gros des richesses se trouve dans l’informel et les transactions entre commerçants et autres opérateurs économiques transitent souvent par le marché noir .

Evasion fiscale et « marché noir »

Pour s’en convaincre, il suffirait de jeter un coup d’oeil sur le rapport de 2014 de la très officielle Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), publié en juillet dernier.
Les chiffres sont effarants.
La commission présidée par Me Farouk Ksentini estime le volume de l’évasion fiscale à près de 50 milliards de dollars entre 2004 et 2014.
Cela sans compter la fuite des capitaux vers l’étranger, estimée à 16 milliards de dollars durant la même période.
Selon cette même étude, une moyenne annuelle de 1,5 milliard de dollars est transférée illégalement hors de l’Algérie.

C’est donc là une raison qui fait que l’on ne pourra pas parler de ses richesses, lorsqu’on sait que son activité échappe au fisc.
Autant éviter cet exercice périlleux et s’épargner un éventuel redressement fiscal, dit-on dans le cercle des initiés.
« Une bonne partie des opérateurs sont des cachotiers », nous dira un cadre des impôts que nous avons sollicité.

Requérant l’anonymat, notre interlocuteur estime que « c’est la nature même de notre marché qui fait que l’absence de transparence dans les affaires soit la règle ».

Dans le même sens, A. S., un inspecteur de la concurrence et des prix, dira : « Les affaires, les vraies se trouvent dans l’informel », ajoutant que
« certaines activités commerciales ne sont que la vitrine puisque le gros des recettes se fait dans des créneaux invisibles.
C’est le cas, entre autres, de ces tenanciers de kiosques multiservices qui font des milliards dans le change de devises, ou encore des entrepreneurs de bâtiment qui se recyclent dans le trafic des matériaux de construction »
.

Eviter les « charognards » et conjurer le mauvais oeil

Du côté des entrepreneurs, on tente tant bien que mal de justifier cet fait.
Aziz K., chef d’une entreprise des travaux publics dans le centre du pays, témoigne : « Il est déconseillé de montrer sa richesse dans ce pays. Moi-même, je continue à rouler en véhicule usagé pour éviter d’attirer l’attention des rapaces qui rodent dans les administrations publiques et qui vous font saigner rien que pour la signature et/ou la transmission d’une situation dûment effectuée et validée ».

« Je préfère passer pour un pauvre pour éviter le chantage ». Cela n’est pas l’avis d’un autre opérateur de Bordj Bou Arreridj qui, à la de savoir pourquoi il ne fait pas de publicité, lui qui est à la tête d’une grande entreprise de production de matériaux de construction, dira que « dans la vie, pour vivre heureux, il faut vivre caché ».

« Je n’aime pas parler de moi, ni de mon entreprise, pour ne pas faire davantage d’envieux et de jaloux. Le mauvais oeil est impardonnable! » tranche-t-il convaincu.

C’est vrai, dans l’imaginaire social, l’on craint l’effet du mauvais sort.

« Dieu nous a ordonné de rester modestes », nous dira notre interlocuteur qui n’a pas voulu dévoiler son identité.

D’ailleurs, confirme- t-il, « comme le faisaient nos aïeux, j’ai planté plusieurs pieds de «lhendi» (cactus) tant chez moi qu’à la fabrique.
Ainsi veut la tradition »
, confirme-t-il.

C’est vrai, l’on ne devra pas s’étonner en voyant le cactus, ou encore des pneus usagés orner de belles villas de standing ou même l’entrée d’un immeuble commercial puisqu’il s’agit là d’un moyen infaillible pour conjurer le mauvais oeil , croit-on.

Et les opérateurs économiques, comme les simples citoyens, ne dérogent pas à la règle.

Ils sont superstitieux.

Par   Nadjib Adem