dimanche 21 janvier 2018
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Benbrika Brahim, Artisan Bottier: « Il est temps d’anoblir le métier manuel ! »

L’artisan, tablier bien ajusté,  « bercé »  par le hennissement des chevaux qui ne semblent pas le déranger, travaille sur une pièce de cuir,  au moment où nous franchissons le seuil de l’atelier de Benbrika Brahim.

Un artisan bottier dont les mérites nous ont été vantés par M’Hamed Metidji, président de la fédération algérienne des sports équestres et il n’y a pas un seul jockey  qui ne connaisse pas cet artisan, l’un des rares à exercer encore ce métier.

C’est donc dans  son atelier, à l’hippodrome  du Caroubier, que nous l’avons rencontré et ce n’est pas seulement  un atelier que nous découvrons, mais un monde où les cavalières prennent forme.  La botte du jockey, telle une œuvre d’art, est construite pièce par pièce.

Benbrika Brahim interrompt son travail pour nous accueillir. «Travailler le  cuir pour en faire des chaussures est un bonheur quotidien, voilà maintenant 34 ans  que je fais ce métier et c’est toujours une  source infinie de beauté….. », lance, un peu comme pour introduire le sujet, notre hôte qui  ne regrette pas d’avoir remis ses choix en question, dont celui d’abandonner sa formation de vétérinaire pour se tourner vers l’artisanat, «le travail manuel était ma vocation, je ne voulais que donner de mes mains en laissant libre cours à mon esprit». A l’âge de 19 ans, Benbrika Brahim arrête ses études et commence à travailler dans une entreprise privée de fabrication de chaussures. Une chance inouïe car notre artisan est formé à ce métier par deux ouvriers dont le savoir-faire a été acquis à la maison André. «Ces deux ouvriers connaissaient tout de la confection de la chaussure, ils m’ont transmis toutes les bases de ce métier». Il devient alors « demi ouvrier » et part ensuite à l’antique Casbah travailler avec les artisans jusqu’à devenir ouvrier qualifié.

 

«Avec l’inauguration du centre équestre de Zemmouri, à Boumerdès, je bénéficie d’un local pour en faire mon premier atelier. Je découvre alors le monde du cheval et commence à m’intéresser à l’harnachement des chevaux». Notre chausseur continue à faire des bottes sur commande pour particuliers mais aussi pour les  cavaliers. Il répare à l’occasion les selles usées, se met à fabriquer des couvertures de chevaux, des « chaps », espèces de bottes  d’entraînement, des guêtres de protection…etc.

Il se forge alors une réputation dans le milieu équestre, fait ses preuves, son produit n’a rien à envier  à celui  importé. Son portefeuille client s’élargit,  les commandes viennent de tout le territoire national. Les étrangers ne sont pas en reste, comme les cavaliers libyens. Souvent des clients exigent que l’on reproduise un certain style de bottes à l’identique. L’exercice n’est pas difficile pour Benbrika. « Il suffit que je regarde comment cela est fait et je reproduis la pièce telle quelle. L’équipement du jockey est souvent importé et vendu à des prix très élevés, si j’avais l’outillage nécessaire et les conditions idoines, je développerais mon activité davantage», soutient notre interlocuteur qui fait un listing des outils nécessaires pour développer son activité, «  machine à piquer industrielle, machine à parer, une bordeuse, une machine pour les finitions, une presse et le tour est joué. »

 Anoblir le métier manuel

Une machine à coudre faisant office d’établi, des peaux de cuir  de différentes couleurs, des chutes couvrant le sol et le décor est planté, l’artisan bottier perpétue des gestes, machinalement, mais réfléchis. La passion est évidente. Son travail nous est expliqué dans les moindres détails.  Les étapes de la confection nous permettent de visualiser les techniques de ce métier. «La prise de mesures est l’étape la plus importante. La chaussure doit épouser la forme du pied surtout quand celle-ci est destinée à un jockey, le confort est alors un élément très important. On prend la pointure du cavalier, son tour de mollet et la hauteur de la jambe, on crée un nouveau patron sur lequel on dessine les différentes parties  de la chaussure sur du cuir qui  peut être de chèvre, de vachette et parfois même de lapin. On découpe, à l’aide de patrons, chaque partie de la chaussure» Joignant le geste à la parole, il nous  explique qu’il faut piquer, à la machine à coudre, tous ces morceaux de cuir pour les assembler.

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Des formes qui iront épouser des moules qu’il sort d’un carton dans lequel il y a une grande quantité, chacun est numéroté. Il s’agit de pièces en forme de pied avec des bouts différents (pointus, carrés ou encore ronds) qui serviront à monter les chaussures. «Le moule est la pièce maîtresse d’une chaussure confortable car elle détermine la forme du produit fini. Une fois que la chaussure a trouvé sa forme, on plaque la semelle et on ajuste les dernières finition

« Si on ne réagit pas, le produit étranger va nous tuer »

Mais Benbrika Brahim n’est satisfait que lorsque la chaussure est portée par son propriétaire et il y a de quoi. «Le jockey qui a obtenu le grand prix du Président de la République portait les chaussures que je lui avais réalisées pour cette course, cela me flatte même après des années d’exercice».

Depuis maintenant 4 ans, Benbrika Brahim est à l’hippodrome du Caroubier, dans un espace de travail relativement étroit pour l’unique bottier fabriquant des bottes de course, cette distinction ne le flatte pas pour autant car la relève n’est pas assurée. «Je reçois des commandes de tout le territoire national et même de Tiaret, la ville du cheval, cela témoigne d’un métier, hélas, disparu dans notre pays. Il ne me reste que quelques années d’exercice et mon souhait est de léguer ce savoir concurrencé par un produit étranger», en l’occurrence marocain ! Il nous confie que, durant sa carrière, il a formé des centaines de jeunes qui, malheureusement, n’ont pas accroché ou sont partis chercher la facilité dans les projets Ansej, notamment de transports.

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Un problème qui devrait être résolu par, notamment, l’anoblissement du métier manuel et cela commence dans les centres de formation professionnelle. «Je suis moi-même allé à la recherche d’apprentis bottiers dans ces centres et, à ma surprise, il ne dispensait pas de formation de bottier. Il faut remédier à cela  en commençant par intéresser  les jeunes à cette discipline». Benbrika Brahim en est convaincu, c’est un métier dont on tombe facilement amoureux, surtout quand on a la passion du travail manuel et du cheval.

Publié dans DZEntreprise numéro 22