lundi 18 juin 2018
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Adelhalim Gouar, PDG Polyor «Les produits sont fabriqués chez nous et le taux d’intégration varie entre 65 et 70%»

Polyor est une entreprise familiale de construction navale implantée, depuis plus de 40 ans, à Oran (Hassi Amer). Elle emploie,  quelques 35 personnes mais ses capacités sont plus importantes. Gérée par le couple Gaouar, l’entreprise attend patiemment que les secteurs de la pêche et de la plaisance  évoluent en Algérie, en termes d’infrastructures, pour pouvoir passer à une vitesse supérieure. Abdelhalim Gouar livre, dans cet entretien accordé à DZENTREPRISE, les appréhensions des fabricants soucieux de l’avenir de cette industrie aujourd’hui presque artisanale mais qui, à condition que les pouvoirs publics daignent se pencher sérieusement sur le problème, peut muer en une véritable industrie.

Polyor est l’une des plus anciennes entreprises privées d’Oran. En quoi consiste aujourd’hui votre activité?

Nous fabriquons des bateaux de pêche, des bateaux de plaisance et aussi des bassins pour l’aquaculture ainsi que des piscines. Notre corps de métier reste les bateaux. L’usine est située dans la zone industrielle de Hassi Ameur (à l’Est d’Oran) et nous existons depuis 1972. Cela fait donc plus de 44 ans. Nous avons commencé de manière rudimentaire. Peu à peu, nous avons réinvesti et nous avons évolué. C’était et cela reste une entreprise familiale et nous sommes aujourd’hui à la troisième génération. L’entreprise a été créée par mon beau père. Nous l’avons dirigée jusqu’à une date récente et, maintenant, c’est notre fils qui s’apprête à prendre la relève.

Quelle est votre capacité de production?

Nous fabriquons entre 200 et 250 pièces par an. Avec un meilleur soutien financier, nous pouvons aller jusqu’à 300 pièces. Le marché existe, la demande est là mais, ce qui manque, c’est le soutien bancaire au profit des acquéreurs. Des gens intéressés, notamment des pêcheurs viennent souvent nous solliciter pour des payements différés mais ce n’est pas notre rôle d’accepter des dossiers de crédits. Le nôtre, c’est de produire et d’investir lorsque le besoin s’en ressent. C’est aux banques de jouer le jeu.

Quelle est la part du national dans les produits que vous proposez?

Les produits sont fabriqués chez nous et le taux d’intégration varie entre 65 et 70%. Il y a quelques éléments qui sont importés faute de mieux mais tout le reste est fabriqué chez nous. Il faut savoir que les bateaux en polyester sont fabriqués de manière artisanale. Vous allez dans n’importe quelle région du monde, en Europe ou aux Etats Unis, en Afrique du Sud ou en Suède, les processus et les technologies sont les mêmes. C’est vrai qu’il y a quelques petits outillages qui sont venus améliorer la production et d’autres éléments introduits pour améliorer la qualité du produit mais, fondamentalement, peu de choses ont changé. Nous sommes à cheval sur l’évolution de notre métier car nous participons à tous les salons internationaux. Cela nous permet d’apprendre mais, surtout, et c’est notre point fort, d’aller chercher la matière première là où nous estimons qu’elle est de meilleure qualité. La matière commence à peine à être produite en Algérie, et c’est tant mieux, mais pas à Oran où nous sommes installés. C’est un privé qui s’est lancé dans la fabrication de la résine de polyester. Maintenant, il n’y a que la fibre de verre qui est importée. Tout le reste est disponible sur le marché algérien.

Vous profitez de chaque occasion, exemple votre adhésion au FCE, pour énumérer un certain nombre de problèmes liés à votre activité. Quels sont les plus contraignants?

Le problème numéro un, c’est l’avenir et le nôtre est bouché. Le client qui vient chez nous et qui a les moyens d’acquérir un bateau nous dit : «Je suis intéressé mais où est-ce que je vais le mettre?» Il n’y a pas de marinas et, pas non plus, de nouveaux ports de pêche. Les pêcheries existantes sont saturées. Ces infrastructures relèvent des prérogatives de l’Etat et non des particuliers. Cela relève de l’aménagement du territoire. Evidemment, si quelqu’un demande une autorisation pour l’aménagement d’un port ou d’une marina, la réponse sera, à n’en pas douter, négative. Notre spécialité touche trois secteurs que sont la pêche et le tourisme (plaisance) évidemment, mais aussi la jeunesse et les sports avec l’aviron, une discipline qui existe mais qui reste un parent pauvre à cause du manque de lieux de pratique. Nous sommes en train de penser à développer le tourisme saharien alors qu’on sait que, durant la saison estivale, 70% de la population algérienne s’entasse sur la frange maritime. Rien n’est prévu pour toute cette masse de touristes nationaux à qui on dit : «Vous avez la mer. Débouillez-vous !». Pas de ski nautique, pas de parapentes, etc. Les sportifs qui optent pour l’aviron n’ont que le port pour s’entrainer. Il suffit qu’un bateau de commerce passe pour que le plan d’eau soit perturbé, etc. Encore une fois, le marché et la demande existent mais les structures d’accueil ne suivent pas. Toute prétention mise à part, nous avons les compétences pour fabriquer plusieurs types de bateaux mais, faute de débouchés, nous restons coincés.

Quels sont alors vos principaux clients?

Actuellement, nous livrons beaucoup de bateaux de pêche pour ce qu’on appelle les petits métiers. Certains entrent dans le cadre de la politique de l’emploi des jeunes. Des petits bateaux de près de 5 mètres pour la pêche côtière. Ils sont également utilisés par les pêcheurs dotés de flottes de grand gabarit comme porte-batteries. Ce n’était pas évident pour tout le monde au départ. Les anciens pêcheurs avaient des bateaux en bois particulièrement lourds et quand ils se sont retrouvés face à des embarcations légères comme celles-ci (polyester), ils étaient hésitants. J’ai dit à l’un deux: «Prenez-en un. Essayez-le et si vous n’êtes pas satisfait, rendez-le-moi. Trois jours après, il est revenu payer cash et le bouche à oreille a fait le reste. Les bateaux en bois ne sont pas totalement étanches et sont plus difficiles à manœuvrer. Nous pouvons faire beaucoup mieux car nous avons les capacités d’aller de l’avant.

Que demandez-vous au ministère pour améliorer la situation de l’activité nautique en Algérie?

Ce que nous demandons au ministère, c’est l’assouplissement des textes. Pour avoir l’agrément de ce bateau (un 5 m 50 conçu pour la plaisance), il m’a fallu 16 mois. C’est énorme. C’est un cas extrême mais c’est juste pour illustrer les problèmes auxquels nous sommes confrontés en tant que fabricants. Les textes ne sont pas très clairs parfois. Un client a, par exemple, voulu me restituer le bateau qu’il avait acheté car il avait du mal à l’immatriculer. Nos concurrents sont des importateurs qui proposent des prix nettement plus élevés mais qui arrivent à vendre quand même car notre marketing est faible. Le discours politique va dans le sens d’encourager la production nationale mais entre les paroles et ce qui se fait dans la réalité, c’est une toute autre histoire.

Vous avez aussi formulé des propositions. Quelles sont-elles en résumé?

Nous avons profité de la mise en place d’un comité mixte FCE-ministère de la pêche pour émettre quelques suggestions. Par exemple, faire sortir les pêcheries des ports commerciaux et aménager des ports mixtes en incluant la plaisance. En Algérie, les clubs nautiques sont situés à l’intérieur des ports de commerce mais relégués dans des coins étroits à tel point que la demande en place de stationnement est si importante que le prix des sous-locations dépasse le million de DA. Il y a également un effort législatif à faire avec la mise en place du nouveau code maritime.

Y.C.B.