mercredi 24 octobre 2018
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Abdallah Seriai :«L’Etat n’est pas tenu de subventionner les marchandises à l’exportation »

Abdallah Seriai, président de la  commission transport au FCE considère que  l’on peut définir la logistique comme étant  la gestion efficace des flux physiques et d’informations d’une entreprise, de façon à satisfaire le client et lui livrer la marchandise au meilleur coût, en temps voulu et à l’endroit voulu. Il démontre dans  cet entretien publié  dans la revue « Mutations » comment l’on peut atteindre cet objectif.

Qu’est- ce que la fonction logistique ?

La fonction Logistique, même représentée par une structure fonctionnelle au niveau de l’entreprise, devient par la force des choses l’affaire de toutes les structures de cette  entreprise, car satisfaire le client c’est l’objectif de tout son personnel.  Bien ou mal faites, les fonctions de transport, transfert, les prix, la qualité de service fourni et les délais qui composent la fonction Logistique sont aujourd’hui à l’heure de la compétitivité, des facteurs déterminants pour la survie de toute entreprise. Dans ce contexte, on parlera de « chaine Logistique », car une multitude de  facteurs  doivent être rationalisés tant pour les flux  produits, les flux d’informations ainsi que les autres facteurs pouvant influencer cette chaine, tels les procédures bancaires et financières, les procédures douanières, etc. Lors de notre Journée d’Etudes  /Ateliers  organisée par le Forum  des Chefs  d’Entreprises  en date du 02 Juin 2016  à Alger , nous avons mis l’accent sur la stratégie à mettre en place  à l’avenir  pour améliorer  nos performances dans le domaine de la Logistique.

Où en est la logistique en Algérie. Est –elle développé ou pas. Quels sont ses  points forts et ses points faibles… ?

L’évaluation de la performance logistique figure parmi  les questions majeures que les entreprises modernes doivent relever.  Des défis émergent principalement à cause de la décentralisation des systèmes de production des entreprises induite par leur réorientation vers le développement de leurs compétences de base et par la nécessité d’implanter des mécanismes d’intégration logistique efficaces.

Comment peut- on l’évaluer ?

Lors des dernières années, plusieurs approches ont été mises en avant pour évaluer

La performance logistique.  Parmi celles-ci, le  benchmarking, les audits, les modèles génériques du type input / output. Mais, avec la modernisation croissante, l’on s’aperçoit que l’élément fondamental pour appréhender les performances logistiques d’une Entreprise reste évidemment l’entreprise elle-même.

Comment ?

A travers le contrôle des coûts et les délais d’acheminement, la  satisfaction des clients

et la productivité opérationnelle.

D’autre part, il apparait de suite que cette performance peut être limitée par d’autres facteurs totalement exogènes à l’Entreprise elle-même, à savoir toutes les facilités dans le domaine des infrastructures (Ports, Autoroutes, Aéroports, chemin de fer, etc..) ainsi que dans le domaine des procédures administratives  et bancaires (Commerce extérieur, Douanes, Banques, etc..).

On parle ainsi de compétitivité des Etats, où en plus de tous les indicateurs cités plus haut, on y intègre aussi les indicateurs sur les performances du  système financier et bancaire, la connectivité internet, etc.

A ce titre, le tout dernier rapport de la Banque mondiale relatif au classement  par Pays   de Juin 2016   du LPI  (Indice de Performance Logistique)  confirme le classement  encore faible de l’Algérie.

On parle souvent  de déficit en matière de plateformes logistiques. Ces dernières doivent –elles exister  dans les ports, aéroports, zones industrielles, ou alors dans les zones d’activités ?

Au départ  la  plateforme  logistique est une sorte d’entrepôt où transitent  des marchandises qui sont acheminées  du  lieu de production  vers une zone tampon avant le transfert  vers  le lieu de consommation finale.  Les plates formes permettent un ajustement des flux dans le temps et dans l’espace. Elles  correspondent aux lieux où s’organise la fluidité de ces mouvements de marchandises. Plusieurs opérations élémentaires peuvent y  être effectuées ; la première consiste à collecter de la  marchandise en provenance d’un industriel par exemple pour en assurer ensuite la distribution  vers différents destinataires.

La seconde revient à des opérations de groupage/dégroupage. Une  troisième fonction permet de passer d’un mode de transport à l’autre. Enfin, dernière fonction élémentaire, la marchandise peut être stockée plus ou moins longtemps dans l’attente de sa  distribution qui dépend du donneur d’ordre.

Où doivent-elles être localisées ?

Généralement les plates formes logistiques se construisent en lien avec les contextes  particulier  sur les territoires  qui les accueillent, avant que les Etats ne commencent à les intégrer dans des processus de planification. Au départ , ces zones ont été intégrées  dans les zones industrielles, c’est-à-dire à proximité des lieux de production des biens.

Et actuellement ?

Aujourd’hui dans un contexte de compétitivité  très avancé, les plates formes logistiques  doivent répondre à plusieurs critères afin :

  • D’optimiser les implantations des sites de production
  • A l’importance de la demande de la  clientèle qui externalise la fonction logistique.
  • A la spécialisation de plus en plus poussée des unités de production, de rationalisation de la distribution, grâce à la concentration des lieux de livraison qui implique une  grande taille des plates formes de distribution.
  • A l’implantation des grandes surfaces de commercialisation pouvant être  intéressés  par  l’optimisation  de la livraison,
  • A la transformation des produits, la rationalisation des flux, et la réduction des prix et délais d’acheminement  pour l’exportation

Doivent-elles être accolées aux zones industrielles ?

Non, leur localisation devient de plus en plus  contraignante dans les zones industrielles trop accolées aux villes, et donc aux embouteillages et autres nuisances des grandes métropoles.

On privilégie de nos jours leur localisation en dehors des villes, dans des rayons de 50 à 100 Km en liaison directe avec les grands axes routiers, et les liaisons ferroviaires.

En Algérie, cette mission de développer les plates formes Logistique n’est pas définie d’une manière sectorielle ; dans la pratique c’est le Ministère des Transports  qui suit cette question, et à ce titre la société publique LOGITRANS (ex-SNTR) a été chargée de réaliser plusieurs plates formes.

Nous considérons que cette action évolue trop lentement et qu’elle demeure  insuffisante ; le secteur privé devrait être intéressé au développement de ce secteur, et ce de manière coordonnée  sur  la base  d’une stratégie  arrêtée  en relation avec  l’Aménagement du Territoire.

 Le développement de la logistique  doit-il  être pris en charge par l’Etat ? Les pouvoirs publics locaux, le privé… ?

Le développement de la Logistique est l’affaire d’abord de  l’Entreprise elle-même, mais également de l’Etat qui doit  veiller, notamment à définir une stratégie et accompagner  la mise en place de zones logistiques  dans le cadre de l’Aménagement du Territoire. Il doit  veiller à consolider une bonne assise pour l’infrastructure de transport (Autoroutes, Aéroports et Ports modernes, chemin de fer, connectivité internet, etc.) Il faut également encadrer et encourager la formation dans la Logistique  (Ecoles supérieures et  Centres pour la formation de la Logistique et le Transports publics et privés)  et améliorer en permanence les procédures du commerce extérieur (Douanes, Banques, Assurances, etc.

 Y’a t’il un instrument pour évaluer cette performance ?

Il est temps de mettre en place les instruments  nécessaires à l’évaluation périodique  et la consolidation de la filière  Logistique (Agence nationale de la Logistique)

Encourager la création d’Associations et Unions  Professionnelles  des  Intervenants dans la chaine logistique, qui sont appelées a jouer un rôle fondamental  dans le  développement, l’organisation et la réglementation du secteur  de la Logistique.

De son coté l’Entreprise  doit veiller à organiser la fonction Logistique, en assurant une maîtrise  des coûts et des délais d’acheminement ; dans une économie ouverte à la compétition, la fonction Logistique devient une priorité de survie pour toutes les entreprises.

 Le transport de marchandises destinées à l’export doit-il être subventionné ? Si oui  par qui ?

L’Algérie , par la force des choses , est de plus en plus  tenue, pour  maintenir  l’équilibre de sa balance commerciale , à  forcer le  marché  de  l’ exportations  qui est  demeuré insignifiant  à ce jour en dehors  du secteur  des Hydrocarbures .

L’Etat n’est pas tenu de subventionner  les  marchandises à l’exportation pour au moins 2 raisons :

  • En a-t-il toujours les moyens aujourd’hui ?
  • Et surtout  dans un système mondial  très  compétitif , cela  risque  d’engendrer  d’autres  difficultés  d’ordre réglementaire

L’Etat à quand même un rôle à jouer !

L’Etat  a un  rôle  décisif  à  jouer pour la promotion des exportations et notamment :

  • Mettre à disposition au niveau  national  des infrastructures  modernes  (Ports, Aéroports, Autoroutes, accessibilité aux chemins de fer, etc.)
  • Favoriser les liaisons  maritimes, aériennes, routières et  ferroviaires pour le transfert rapide et au moindre coût des marchandises  vers l’étranger
  • Faciliter les procédures douanières  à l’export  et à l’import des matières premières
  • Faciliter les opérations/procédures   bancaires  avec l’extérieur, ainsi que les couvertures  d’assurance à l’Etranger

 Quel est le mode de transport de marchandise  le plus utilisé en Algérie (routes, chemins de fers….) ? 

En Algérie le transport  ferroviaire  des marchandises a beaucoup  régressé. Cette situation est justement née de notre économie qui a été longtemps dominée par la pénurie, et où comptait  seulement la livraison du produit  sans trop se soucier du prix.

Ainsi a-t-on  vu se développer  très rapidement  le transport par camion pour des raisons de facilité, y compris pour les transports de très longue distance.

Le Transport routier représente plus de 95% des Transports intérieurs.

Moins de 05% des marchandises sont transportées par voie de chemin de fer ; en effet  seuls aujourd’hui sont acheminés par voie ferrée certains produits de masse tels les  céréales, les hydrocarbures ou encore les minerais.

Depuis environ une décennie des efforts très importants sont faits pour étendre le réseau ferré ; ainsi prés de 2000 Km sont, soit en fin de réalisation ou sont déjà lancés.

Il devient impérieux de réorienter  les transports aujourd’hui dominés par le Transport terrestre,  vers les chemins de fer en accordant toute l’attention voulue à ce secteur.

Ainsi l’Etat doit  entre autres :

  • Exiger que toutes les nouvelles zones logistiques soient reliées au chemin de fer.
  • Encourager en finançant tous les embranchements ferroviaires aux  sites de production lorsque c’est possible.
  • Réaffirmer que le développement du chemin de fer est une composante de   l’Aménagement du territoire.

Pour l’exportation, le cap est mis sur l’Afrique.  Un forum africain aura lieu à Alger en décembre et  les opérateurs économiques se disent prêts à investir l’Afrique. « Logistiquement » parlant en ont- ils les moyens ?

Il sera difficile  dans le contexte actuel  de l’organisation de notre économie de faire plus. Le  secteur  de  la Logistique est  directement  affecté  par les dispositions financières de la Banque d’Algérie.  L’operateur algérien ne peut pas acheter un transport à l’étranger ; aussi une société qui  ne dispose pas d’un réseau international de distribution de ses produits lui permettant de compenser les paiements par l’intermédiaire de ses  fournisseurs de services de transport n’a donc aucun intérêt à s’intégrer aux chaînes  d’importation. Cela revient à dire que nos entreprises demeurent sévèrement handicapées par une réglementation archaïque qui n’a pas évolué avec les changements intervenus depuis des décennies. A moins que d’ici là les choses n’évoluent rapidement vers une plus grande fluidification. L’autre grand défi à relever sera la rapidité de notre système bancaire et la  protection  des Assurances à accompagner  les exportateurs  vers  les  pays d’exportation.

 L’édition 2016 de l’indice de performance logistique publié le 28 juin par la Banque mondiale positionne l’Algérie à la 75ème place sur 160. A quel niveau  faudrait-il agir pour améliorer notre classement ?

Les améliorations se situent à différents niveaux ; c’est un travail de longue haleine qui ne donnera tous  ses fruits que plusieurs années plus tard. Il devient impératif de tracer une Stratégie en la matière pour soutenir une vision d’avenir ; la survie de certaines de nos entreprises  en  dépendra  car  certaines  d’entre elles  vont dépendre entièrement des  exportations. Les  améliorations se situent dans la modernisation des infrastructures, l’allégement des procédures du commerce extérieur  et  la formation dans le secteur de la Logistique. Ce sera le grand défi  que l’économie algérienne  devra relever   au vu de la conjoncture pétrolière  à venir. C’est par les exportations que la croissance interne devra être soutenue, et non plus par les Hydrocarbures.

Entretien accordé à la revue Mutations de la Chambre  Algérienne de Commerce et d’Industrie  (CACI)